La haute ville de Granville
Fondée par les Anglais en 1439 sur la pointe du Roc, la haute ville de Granville garde remparts, pont-levis et église de granit face à la mer.
Par La rédaction de Sortie en Normandie5 min de lecture



Sur la pointe du Roc, un promontoire de granite battu par la mer, la haute ville de Granville tient dans ses remparts : environ 450 mètres de long sur une centaine de large. On y entre par un pont-levis, on y croise des maisons d’armateurs, une église de granit tournée vers le large et des vues sur le port, les îles Chausey et la baie. Le quartier est ouvert jour et nuit, et sa visite à pied est gratuite.
Pourquoi monter à la haute ville
- Les remparts, dont on fait le tour à pied avec la mer de chaque côté.
- La Grand’Porte et son pont-levis, entrée historique de la ville fortifiée.
- L’église Notre-Dame du Cap Lihou, en granit de Chausey, et ses vitraux de Jacques Le Chevallier.
- Les panoramas sur le port, les îles Chausey et la plage du Plat Gousset.
- Le musée d’art moderne Richard Anacréon, place de l’Isthme.
- La pointe du Roc et son phare, à quelques minutes de marche.
Une ville née d’une ruse anglaise
En 1439, pendant la guerre de Cent Ans, la Normandie est anglaise, à l’exception du Mont-Saint-Michel. Le sénéchal anglais Thomas de Scales obtient le rocher de Granville du seigneur Jean d’Argouges. L’endroit a un avantage : il est hors de vue du Mont, que les Anglais veulent prendre. Scales fait creuser une tranchée dans la roche, à l’emplacement de l’actuel casino, pour que la mer isole la pointe à marée haute. Il oblige les pêcheurs à démolir leurs maisons pour bâtir sur les hauteurs, et lance en 1440 la construction de la citadelle et de l’église.
Les travaux ne sont pas achevés quand, le 8 novembre 1442, Louis d’Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel, reprend la place par la ruse. Granville reste dès lors française. En 1445, Charles VII lui accorde une charte de franchise : armoiries et exemption d’impôts pour ses habitants. Une plaque, face au pont-levis, rappelle cet épisode.
La ville devient ensuite une cité de corsaires et de terre-neuvas, partis pêcher la morue au large de Terre-Neuve. Les Matignon ont gouverné Granville pendant plusieurs générations ; l’un d’eux, Jacques IV de Goyon de Matignon, devint prince de Monaco sous le nom de Jacques Ier Grimaldi. Wikipédia rattache à ce lien, et à la ville perchée sur son rocher, le surnom de « Monaco du Nord ». L’office de tourisme estime toutefois que ce surnom est plus récent.
Le siège de 1793 et la Grand’Porte
La Grand’Porte, avec son pont-levis, garde la mémoire du siège de Granville par l’armée vendéenne. Le 14 novembre 1793, pendant la « virée de Galerne », les troupes d’Henri de La Rochejaquelein attaquent la ville pour s’emparer d’un port et appeler les Anglais. La garnison et la population résistent. Les Vendéens se retirent le 15 novembre, sans avoir vu un seul navire anglais. Une plaque sous le porche donne le nom des civils granvillais tués pendant le siège. Ce jour-là, la rue des Juifs est incendiée par les défenseurs eux-mêmes, qui croyaient les assaillants encore présents.
Plus surprenant : le 9 mars 1945, alors que la France est libérée, des soldats allemands venus de Jersey, encore occupée, lancent un raid sur Granville et réoccupent la ville pendant quelques heures.
La promenade, de la rue des Juifs à la place de l’Isthme
L’office de tourisme propose un itinéraire simple, de la place du Casino jusqu’à la place de l’Isthme. La traversée de la haute ville d’ouest en est ne fait qu’environ 500 mètres.
- La rue des Juifs, ancienne route des charrettes, monte en pente douce vers les remparts. Elle accueille aujourd’hui galeries d’art, librairies et antiquaires. Son nom viendrait de familles juives installées dans ce qui fut le premier faubourg de Granville. En haut, cherchez le Mont-Saint-Michel vers le sud : il reste invisible, caché derrière la pointe de Carolles. C’est l’une des raisons qui ont poussé les Anglais à s’installer ici.
- La Grand’Porte : franchissez le pont-levis et remontez la rue pavée jusqu’à la place Cambernon, autrefois couverte d’étals.
- La maison du Guet, avec ses tourelles d’allure médiévale, est en réalité une maison balnéaire du début du XXe siècle.
- L’église Notre-Dame du Cap Lihou : une chapelle existait dès le XIIe siècle, là où, selon la légende, des pêcheurs auraient remonté une statue de la Vierge dans leurs filets. L’église actuelle, commencée en 1440, a mis plus de trois siècles à prendre sa forme. Elle est classée monument historique. On y entre par une petite porte côté nord. La chapelle Saint-Clément conserve des ex-voto de marins.
- La rue du Nord longe le rempart nord, face aux îles Chausey, près des anciennes casernes occupées jusqu’en 1984.
- La place de l’Isthme domine la plage et le casino. On aperçoit la tranchée creusée par les Anglais. Un escalier à rampe blanche redescend directement vers le casino.
À l’ouest, la pointe du Roc prolonge la promenade jusqu’au phare du cap Lihou, construit en 1828 selon une étude d’Augustin Fresnel. Il se trouve à 34 mètres au-dessus des plus hautes mers. L’enceinte de la haute ville, relevée en 1727, est inscrite aux monuments historiques depuis 2004.
Musées et actualité
- Musée d’art moderne Richard Anacréon (place de l’Isthme) : les expositions « Charles Dufresne, de l’œuvre au décor » et « Gisèle Freund, portraits croisés » sont présentées jusqu’au 8 novembre 2026, date de fin de saison. En 2026, entrée à 6,50 € avec les expositions temporaires ; gratuit pour les moins de 26 ans et pour tous le premier dimanche du mois.
- Musée d’art et d’histoire (2, rue Lecarpentier) : actuellement fermé pour travaux, sans date de réouverture annoncée. Une « Maison du projet » a ouvert en juillet et août.
- Musée Christian Dior, villa Les Rhumbs, hors des remparts : saison 2026 terminée le 1er novembre.
- Le carnaval de Granville, reconnu par l’Unesco, a lieu chaque année la semaine précédant Mardi gras. Il célébrait autrefois le départ des marins pour Terre-Neuve.
Préparer sa visite
- Accès : la haute ville est ouverte jour et nuit, toute l’année. À pied depuis la place du Casino par la rue des Juifs, ou par l’escalier qui monte à la place de l’Isthme.
- Bus : le réseau Neva, gratuit depuis 2022, dessert la haute ville (ligne 3).
- Équipement : chaussures confortables pour les rues pavées ; une veste coupe-vent sur les remparts.
- Visites guidées : l’office de tourisme Granville Terre et Mer en propose ; renseignez-vous sur son calendrier.
Sources : Office de tourisme Granville Terre et Mer - Musées de Granville, informations pratiques - Wikipédia, Granville - OpenStreetMap, localisation
À proximité
Plage du Plat Gousset à Granville≈ 5 min à pied
Plage de la Pointe du Lude à Donville-les-Bains≈ 25 min à pied
Plage de Bréville-sur-Mer≈ 70 min à piedTemps calculés à partir des coordonnées de chaque fiche.
Questions fréquentes
La visite de la haute ville de Granville est-elle payante ?
Non. Le quartier est ouvert jour et nuit, toute l’année, et la promenade sur les remparts est libre. Seuls les musées sont payants.
Qui a fondé la haute ville de Granville ?
Le sénéchal anglais Thomas de Scales, en 1439, pendant la guerre de Cent Ans. Les Français reprennent la place dès le 8 novembre 1442.
Que voir dans la haute ville de Granville ?
La Grand’Porte et son pont-levis, la place Cambernon, l’église Notre-Dame du Cap Lihou, les remparts et la rue du Nord face aux îles Chausey, la place de l’Isthme et le musée Richard Anacréon.
Le musée d’art et d’histoire de Granville est-il ouvert ?
Non, il est actuellement fermé pour travaux, sans date de réouverture annoncée par les musées de Granville.
Pourquoi appelle-t-on Granville le Monaco du Nord ?
Selon Wikipédia, pour sa ville perchée sur un promontoire rocheux et pour ses gouverneurs Matignon, liés aux Grimaldi de Monaco. L’office de tourisme juge cependant ce surnom plus récent que cette histoire.
Comment monter à la haute ville sans voiture ?
À pied par la rue des Juifs depuis la place du Casino, ou en bus avec le réseau Neva, gratuit depuis 2022, dont la ligne 3 dessert la haute ville.




